La Voie du Guerrier (textes)

La Voie du Guerrier



Un guerrier, n'est pas juste une personne qui a étudié quelques gestes comme un coup de pied à 150 km/h, ou qui a gagné une compétition sur un ring. Un guerrier doit mériter ce titre. C'est quelqu'un qui connaît des choses bien au-delà de la self-défense, c'est quelqu'un dont la présence dans une pièce pleine de gens amène un calme immédiat, c'est quelqu'un qui, lorsqu'il touche la tête, le bras ou la main d'une autre personne provoque la tranquillité intérieure et un apaisement. On connaît le guerrier, non à son apparence, ses gros biceps, ses manches relevées sur des tatouages, sa tête rasée ou sa tenue d'artiste martial. On le reconnaît par sa présence et le bien être qu'il apporte automatiquement à ceux qui le côtoient. Son énergie, son QI vous touche. Vous ne sentez rien de physique, mais plutôt un effet interne, la paix est avec vous. Le guerrier entrevoit la terre d'une manière différentes des autres: tout, du plus petit insecte au plus gros animal, le plus insignifiant caillou ou le moindre arbre lui est important et vit. Il remercie l'herbe sur laquelle il marche, et les arbres qui lui donnent de l'ombre et de l'oxygène. Tout à son importance, car cela a été généré par la mère Terre. Bien sûr, il doit vivre en homme moderne, il peut conduire une voiture, aller au supermarché et tondre son gazon, mais toujours, il ne perd pas de vue ce qu'il est, et plus important encore, où il est. Il sait que ce qu'il est n'est pas uniquement ce qu'il fait mais aussi ce qui lui a été donné et ce qu'il a accumulé dans ses cellules depuis ses ancêtres. Tout cela est lui, toutes les parcelles d'information collectées par ses parents sont en lui, c'est pourquoi nous vivons à travers nos enfants; nous passons littéralement notre connaissance à nos enfants par les éons (esprits émanant de Dieu) depuis le commencement des temps. Tout ce que nous sommes à la conception de nos enfants, passent en eux.
Nous pensons que nous avons un certain talent, mais le guerrier sait que tout ce qu'il est vient du commencement des temps. Il sait qu'il est fait de la même matière que le rocher, l'arbre ou le brin d'herbe, la différence est seulement physique (extérieure). Il sait qu'il ne possède rien et que tous les animaux sont libres; ses animaux l'ont choisis, il n'a pas été au magasin les choisir. Le guerrier communique avec la terre, parle aux chiens, aux chats, aux chouettes, aux serpents... pas tant verbalement qu'en étant. C'est une chose que tout le monde a en commun sur cette terre: Etre.    Il sait qu'il y a des forces à l'oeuvre sur cette terre, avec lesquelles il faut s'allier, les suivre, sans quoi il périrait. L'énergie du guerrier a la puissance pour se joindre à ces forces, et alors il a ce pouvoir de transformer les choses. Mais cela ne s'achète pas, et il sait aussi qu'on ne peut recevoir sans avoir auparavant payé.
L'univers entier est basé sur donner et prendre, c'est le YIN et le YANG. Chaque montée implique une descente, chaque joie une tristesse, chaque plénitude un vide. Le guerrier sait qu'il doit lâcher pour gagner et donc il sacrifie. Il sacrifie (il travaille sur...) sa nourriture, sa sexualité, son confort afin d'avoir le pouvoir de changer et d'aider les autres à changer. Pas pour aider spécifiquement les autres, mais pour avoir en permanence la puissance interne pour aider les autres automatiquement à se pacifier, et en le faisant, ils verront aussi où ils sont et qui ils sont. Nous sommes simplement fils ou fille de un-tel ou une-telle, fils et fille d'une infinité de gens, qui nous ont donné leurs cellules au fond desquelles réside la véritable substance de la création de toute chose arrivée. Pas depuis le commencement des temps, car il n'y a ni commencement ni fin.
Etre un artiste martial, c'est seulement un centième de ce qu'est un guerrier. C'est seulement une partie d'un tout qui nous donne la confiance d'être guérisseur et l'énergie interne qui crée le changement.
Un guerrier sait que nous n'avons pas d'enseignant, mais des guides: les personnes que nous rencontrons peuvent nous donner quelque chose d'interne, quelque chose de plus qui nous permet de devenir notre propre enseignant. Juste en étant simplement, un guide nous aide à réaliser ce que nous sommes, nous enseignant à nous-même, parce qu'un guerrier sait qu'à l'intérieur de toute chose, il y a la première graine qui contient toute information.
Il étudie pour lire cette information qui vient d'abord par "flash", qui sont trop forts pour un faible cerveau humain manipulé, qui coupe dès que le flash arrive. Puis on apprend à lire ces flashs qui durent alors plus longtemps. Le guerrier sait qu'il est temps de lire. Il apprend à communiquer autrement qu'en parlant, il ne s'occupe pas de ses besoins physiques, il ne s'inquiète pas du paiement de sa prochaine hypothèque. Le guerrier trouve sa place sur terre et reste là où il trouve du pouvoir. Il ne recherche pas ces lieux physiquement, mais est "pris" là où il doit être, et il reste là, et le monde entier y passera. Il n'a pas besoin de voyager, parce que la voie de l'univers est là en lui, et que ceux qui doivent s'y plonger le feront le moment venu de la même manière, qu'il l'a fait lorsqu'il parcourait le monde à la recherche de ses propres guides. Ils apprendront ensuite d'eux-mêmes, de l'intérieur, et aussi iront trouver une place pour eux. Il ne les reverra peut être jamais, mais cela n'attriste pas le guerrier, il est en contact.
Le guerrier n'est pas le maître, ni le Sifu, ni le Sensei: ce sont juste des mots que l'on accole devant un nom pour nous rendre important ou au-dessus de ceux que nous guidons. Le guerrier est un ami de son élève et ainsi ne peut être son maître. Il ne souhaite pas rencontrer les élèves qui le recherchent, et ceux qui ont besoin d'un maître ou d'un Sifu ne resteront pas: ils continueront de chercher jusqu'à ce qu'ils réalisent que ce qu'ils cherchent est en eux et que leur recherche ne peut être que leur guide.
                                                                                               Erle Montaigue


La prière du guerrier

*Je n'ai pas de parents, je fais des cieux et de la terre mes parents
*Je n'ai pas de maison, je fais de la conscience ma maison
*Je n'ai pas de vie ou de mort, je fais des marées de respiration ma vie et ma mort
*Je n'ai pas de pouvoir divin, je fais de l’honnêteté mon Divin pouvoir
*Je n'ai pas de pensées, je fais de la compréhension mes pensées
*Je n'ai pas de secrets magiques,  je fais de mon caractère mon secret magique
*Je n'ai pas de corps, je fais de l’endurance mon corps
*Je n'ai pas d'yeux, je fais de la lumière mes yeux
*Je n'ai pas d'oreilles, je fais de la sensibilité mes oreilles
*Je n'ai pas de membres, je fais de la promptitude mes membres
*Je n'ai pas de stratégie, je fais de la pensée éclairé ma stratégie
*Je n'ai pas de dessein, je fais l’opportunité mon dessein
*Je n'ai pas de miracles, je fais de la bonne action mes miracles
*Je n'ai pas de principes, je fais de l’adaptation en toutes circonstances mon principe
*Je n'ai pas de tactique, je fais du vide et de la plénitude mes tactiques
*Je n'ai pas de talents, je fais de l’intelligence préparée mon talent
*Je n'ai pas d'ami, je fais de mon esprit mon ami
*Je n'ai pas d'ennemi, je fais de l’insouciance mon ennemi
*Je n'ai pas d'armure, je fais de l’abnégation et de la droiture mon armure
*Je n'ai pas de château, je fais de l’esprit perpétuel mon château
*Je n'ai pas d'épée, je fais de l’absence du moi mon épée.



Le petit bonze

Un vieux onze chinois du nom de Chen Yuan Pin était venu s'installer dans la région d'Edo; vers 1627. Il enseignait la calligraphie et la poésie. Retiré dans une dépendance du temple Kokushoji, il vivait seul et n'était visible qu'aux moments où il enseignait. Discret comme le chat, tranquille comme la surface d'un étang, le vieux moine semblait aussi fragile qu'une lampe de jade.
Les poèmes fleurissaient sur sa bouche comme des fleurs de lotus, le pinceau dansait entre ses doigts agiles pour donner naissance à l'harmonie. Chen Yuan Pin fut très tôt apprécié par le Shogun qui le prit à son service. Il enseignait son art aux jeunes nobles et aux dignitaires de la cour, mais il refusait obstinément de s'installer au palais, préférant le silence de sa retraite à la vie tumultueuse de la cour. Souvent, quand il se rendait au palais,  le vieux moine croisait les rudes samouraï qui lui jetaient un regard méprisant. Ceux-ci accusaient à voix-basse le protégé du Shogun d'amollir l'Esprit des jeunes nobles destinés au métier des armes. On ne gagne pas une bataille un pinceau à la main, en hurlant des poèmes et la tête surchargé de philosophie! Discret comme le chat, tranquille comme la surface d'un étang, fragile comme une lampe de jade, Chen Yuan Pin continuait son chemin, le visage éclairé par un imperturbable sourire.
Un soir, alors qu'il était resté très tard au palais pour enseigner, le vieux moine regagna son temple, situé loin de la ville, escorté par trois samouraï qu'il avait fini par accepter devant les prières inquiètes du Shogun en personne. A la sortie de la ville, le chemin s'enfonçait dans une profonde forêt. Tout à coup, des brigands surgirent et encerclèrent Chen Yuan Pin et son escorte. Leur meute se rua sauvagement. Les trois gardes se battaient avec acharnement, et une ronde mortelle se déroula autour du vieux moine. Le nombre des brigands eut raison du courage des samouraï qui se retrouvèrent désarmés et prêt à mourir dans un dernier corps à corps. Alors d'une façon aussi soudaine qu'inattendue, Chen Pin passa à l'attaque. Rapide comme l'éclair, souple comme un roseau, insaisissable comme le vent, ses mains, ses pieds, ses coudes devenaient des armes redoutables. Quatre bandits tombèrent lourdement à terre, hors de combat. Les autres, effrayés par la terrible métamorphose du paisible moine, prirent la fuite.
Plein d'admiration, les trois samouraï se remirent en route pour conduire le bonze au temple., en chemin, n'y tenant plus, ils demandèrent à Chen Pin de leur livrer son secret. Celui-ci garda le silence et continua jusqu'au temple, discret comme le chat, tranquille comme la surface d'un étang, fragile comme une lampe de jade. Arrivé au temple, il saua ses gardes et se retira pour le reste de la nuit. Les trois samourai, décidés à en savoir plus, veillèrent jusqu'à l'aube à la porte du temple. Le lendemain, ils renouvelèrent leurs prières au vieux moine, le suppliant de les accepter comme élèves, comme de simples serviteurs.
"Mon art est pour des âmes bien trempées. Les chemins de la connaissance sont longs et escarpés" leur dit le bonze.
"Nous sommes prêts à tout" fut la réponse des trois gardes.
Le vieux bonze les accepta comme élèves et pendant de longues années, il les initia à l'art du Wushu, l'art parfait. En dehors d'un apprentissage commun, chancun d'eux se spécialisa, l'un dans la science des projections, l'autre dans celles des saisies et étranglements et le troisième dans celle des points vitaux.
Après de nombreuses années d'un entraînement intense, ayant commencé à intégrer le secret de Chen Pin, l'heure était venue pour les trois élèves de quitter leur vieux maître. Ils devaient transmettre ce qu'ils avaient reçu, chacun dans sa spécialité. Chen Pin leur rappela de n'enseigner qu'à ceux qui étaient prêt à suivre la Voie du Coeur. Il leur donna sa bénédiction et se retira dans son temple, discret comme le chat, tranquille comme la surface d'un étang, fragile comme une lampe de jade, mais le visage rayonnant d'un paisible sourire. Ses élèves créèrent des écoles qui devinrent le Ju Jitsu et le Judo.
                                           Rapporté par Michel Random

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